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Dimensionnement onduleur photovoltaïque : comment choisir le bon ratio

Sur une centrale photovoltaïque, l'onduleur fait un travail que personne ne voit : il transforme le courant continu des modules en courant alternatif injectable sur le réseau.

Sans lui, la centrale ne produit rien d'exploitable.

Et pourtant, c'est souvent le composant qu'on choisit le plus vite, presque par réflexe :

« On prend un onduleur de la puissance de la centrale, et voilà. »

C'est là que les ennuis commencent.

Parce que dimensionner un onduleur, ce n'est pas recopier une puissance. C'est arbitrer entre trois choses qui tirent chacune dans leur sens :

  • le coût du matériel ;
  • l'énergie qu'on récupère vraiment ;
  • la durée de vie de l'équipement.

Un mauvais arbitrage ne se voit pas tout de suite. Il se paie ensuite, chaque année, en production perdue ou en euros dépensés pour rien.

Voici comment nous nous y prenons, concrètement, quand nous traitons le dimensionnement onduleur photovoltaïque dans un dossier.

Deux puissances qui ne sont pas la même chose

Une centrale possède deux puissances.

On les confond souvent, et c'est de là que vient l'erreur.

La puissance crête des modules (DC)

Il y a d'abord la puissance crête des modules, côté courant continu (DC), exprimée en Wc.

C'est une valeur théorique, mesurée en laboratoire à 1 000 W/m² et 25 °C sur la cellule.

Autant dire des conditions qu'on ne rencontre presque jamais sur un vrai toit ou un vrai terrain.

La puissance de l'onduleur (AC)

Et il y a la puissance de l'onduleur, côté courant alternatif (AC), exprimée en kVA.

Celle-là, c'est du réel : c'est ce que l'appareil sait réellement injecter sur le réseau.

Tout le dimensionnement se joue dans le rapport entre ces deux valeurs.

Pas dans la puissance crête toute seule, comme on le lit trop souvent.

Le ratio de dimensionnement : pourquoi il ne vaut presque jamais 1

Ce rapport porte un nom : le ratio de dimensionnement.

Ratio = puissance crête DC / puissance nominale AC

L'intuition pousse vers un ratio de 1.

Autant d'onduleur que de modules, ça paraît prudent.

En réalité, c'est presque toujours un mauvais calcul.

La raison est simple : les modules n'atteignent quasiment jamais leur puissance crête.

Sur le terrain, la production plafonne bien en dessous, à cause :

  • de la température ;
  • d'un ensoleillement qui varie sans arrêt ;
  • de la poussière sur les panneaux ;
  • des pertes dans les câbles.

Un onduleur dimensionné pile à la puissance des modules passe donc l'essentiel de sa vie à tourner en sous-régime.

On a payé de la puissance qui ne sert presque jamais.

D'où une pratique courante : viser un ratio entre 1,1 et 1,3.

Autrement dit, installer un peu plus de modules que ce que l'onduleur peut encaisser, pour l'exploiter au plus près de son point idéal une plus grande partie de l'année.

Surdimensionnement et écrêtage : un compromis, pas un défaut

Mettre plus de modules que la puissance de l'onduleur, ça s'appelle le surdimensionnement.

Ça a évidemment une contrepartie.

Lors des rares moments où tout s'aligne (plein soleil, température fraîche, panneaux propres), la puissance produite dépasse ce que l'onduleur peut convertir.

L'onduleur bloque alors sa sortie à sa puissance maximale, et le surplus part à la poubelle.

C'est l'écrêtage.

Une perte volontairement maîtrisée

Dit comme ça, ça sonne comme une perte à éviter.

C'est plus subtil.

Un écrêtage bien calibré, c'est une perte qu'on choisit, en connaissance de cause, parce qu'elle rapporte ailleurs.

En général, elle représente 1 à 2 % de la production sur l'année.

Presque rien.

Et en échange, on obtient deux choses qui pèsent lourd :

  • un onduleur moins cher rapporté au watt installé ;
  • une bien meilleure production quand la lumière est faible, le matin, en fin de journée et l'hiver.

Or c'est justement dans ces heures-là que se joue une grosse part de l'énergie annuelle.

Reste à trouver le bon ratio, et là, pas de recette universelle.

Tout dépend du site :

  • son ensoleillement ;
  • l'orientation et l'inclinaison des modules ;
  • surtout, l'usage qu'on fait de l'électricité.

Une installation en dimensionnement pour l'autoconsommation ne se calibre pas comme une centrale qui vend toute sa production : le profil de consommation change complètement le calcul.

C'est exactement ce genre d'analyse qu'on mène dans le bilan de puissance d'un projet.

La plage MPPT : la contrainte qu'on oublie de vérifier

Le ratio de puissance, c'est la moitié du travail.

L'autre moitié, plus discrète, concerne la tension.

Un onduleur ne sait bien travailler que si la tension des chaînes de modules (les strings) reste dans sa plage MPPT, la fenêtre de tension où il arrive à suivre le point de puissance maximale.

Sortez de cette fenêtre, et ça coince.

Deux extrêmes à surveiller

Le piège, c'est que cette tension bouge énormément avec la température.

Quand il fait très froid

La tension des strings grimpe.

Si elle dépasse la tension d'entrée maximale de l'onduleur, au mieux la production est bridée, au pire l'appareil trinque.

Quand il fait très chaud

C'est l'inverse : la tension chute.

Et si elle passe sous le seuil bas de la plage MPPT, on perd du rendement pile au moment où le soleil tape le plus fort.

Frustrant.

Conclusion pratique : le nombre de modules par string se calcule à partir des températures extrêmes réelles du site, pas d'une jolie moyenne annuelle.

C'est un point où le calcul électrique d'un bureau d'études sépare la centrale qui tient ses promesses de celle qui déçoit une fois en service.

Les erreurs qu'on retrouve le plus souvent

Quand un dossier nous arrive en correction, ce sont souvent les mêmes histoires qui reviennent.

Le ratio trop proche de 1

L'onduleur est surpayé et sous-exploité.

On a acheté de la puissance qui dormira presque toujours.

Le ratio trop agressif

À l'inverse, le surdimensionnement est poussé si loin que l'écrêtage rogne la production dès qu'il fait beau.

L'économie faite sur l'onduleur est mangée par l'énergie perdue.

Les strings mal répartis sur les MPPT

Deux orientations différentes câblées sur le même suiveur, et l'onduleur passe son temps à arbitrer au détriment de l'une des deux.

Chaque MPPT devrait recevoir des strings homogènes, point.

Les températures extrêmes oubliées

Un dimensionnement fait « à 25 °C » sur le papier, qui ne tient ni l'hiver ni l'été du site réel.

Le point commun de ces quatre erreurs ?

Aucune ne se voit le jour de la mise en service.

Tout a l'air de fonctionner.

Elles ne se lisent que plus tard, sur les courbes de production, quand il est déjà trop tard pour corriger sans casser la tirelire.

Questions fréquentes

Quel ratio de dimensionnement choisir pour un onduleur photovoltaïque ?

Il n'y a pas de chiffre magique.

La fourchette 1,1 à 1,3 est courante, mais la bonne valeur dépend de l'ensoleillement du site, de l'orientation des modules et de l'usage de l'énergie (autoconsommation ou vente).

Elle se détermine par simulation, pas à l'habitude.

L'écrêtage fait-il perdre beaucoup de production ?

Bien calibré, il coûte 1 à 2 % de la production annuelle, largement compensé par le gain sur le prix de l'onduleur et la meilleure production en lumière faible.

Mal calibré, c'est une autre histoire : la perte devient quotidienne.

Peut-on brancher des modules d'orientations différentes sur le même onduleur ?

Oui, à condition de les répartir sur des entrées MPPT distinctes.

Mélanger deux orientations sur un même MPPT, et vous dégradez la production des deux.

Pourquoi calculer à partir des températures extrêmes plutôt que d'une moyenne ?

Parce que la tension des strings varie fortement avec la température.

Un calcul basé sur une moyenne peut dépasser la tension maximale de l'onduleur un matin d'hiver, ou sortir de la plage MPPT un après-midi d'été.

Conclusion : un choix qui engage toute la durée de vie de la centrale

Choisir un onduleur, ce n'est pas cocher une case dans un catalogue.

C'est un arbitrage, technique et économique à la fois, qui engage la production sur toute la vie de la centrale.

En tant que bureau d'études photovoltaïque, c'est ce que nous faisons au string et au MPPT près, à partir des données réelles de chaque site, pas de valeurs par défaut.

Votre projet a ses propres contraintes de site et d'usage ? Parlons-en.

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