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Ingénierie électrique solaire : les règles de dimensionnement et de sécurité en raccordement AC/DC

Le câblage d'une centrale photovoltaïque : là où les calculs rencontrent le terrain

Le câblage d'une centrale photovoltaïque, c'est là où les calculs rencontrent le terrain — et où les erreurs coûtent cher.

Une chute de tension mal anticipée côté continu, un câble sous-dimensionné en sortie d'onduleur, un schéma de mise à la terre bâclé : ces écarts ne font pas seulement perdre du rendement. Ils peuvent mettre en défaut la conformité normative d'un dossier technique photovoltaïque entier, voire créer des risques sérieux pour les intervenants.

Chez HOGMA, nous avons repris des études de raccordement AC/DC sur des projets déjà en cours de construction. Ce que nous y trouvons régulièrement : des sections choisies sur catalogue sans calcul de chute de tension, des protections sélectionnées uniquement sur le courant nominal sans vérifier le courant de court-circuit, des longueurs de tirage en continu sous-estimées faute de plan de masse rigoureux.

Pas d'exhaustivité encyclopédique ici — nous ciblons les points où les écarts ont un impact réel sur la qualité du dossier et sur la vie du chantier.

Sommaire

  1. Architecture électrique d'une centrale PV : la logique continu / alternatif
  2. Dimensionnement des câbles solaires côté continu : méthode et critères
  3. Pertes par effet Joule et chutes de tension : calcul et maîtrise
  4. Raccordement AC/DC : spécificités de la partie alternative
  5. Sécurité des installations : protections, mise à la terre, risques du continu
  6. Le dossier technique photovoltaïque : ce que le bureau d'études doit produire
  7. Points clés à retenir
  8. Conclusion

1. Architecture électrique d'une centrale PV : la logique continu / alternatif

Avant d'entrer dans le dimensionnement, il faut avoir le schéma en tête. Une centrale photovoltaïque fonctionne en deux domaines électriques distincts, avec des contraintes physiques et normatives différentes.

Côté courant continu

Les modules photovoltaïques génèrent un courant continu. Ce courant transite depuis les modules vers les boîtes de jonction (ou coffrets de regroupement sur les grandes centrales), puis vers les onduleurs.

La tension continue de chaîne varie typiquement entre 600 V et 1 500 V selon le niveau retenu. Depuis le passage progressif au 1 500 V sur les centrales au sol, les sections en continu ont diminué — mais les distances de tirage ont souvent augmenté, ce qui ramène le sujet des pertes par effet Joule sur la table.

Côté courant alternatif

En sortie d'onduleur, le courant alternatif est injecté dans le réseau interne de la centrale (basse ou haute tension selon la puissance), puis vers le poste de livraison.

Les onduleurs centraux sortent directement en HTA dans certaines configurations, mais la majorité des projets en toiture et en ombrière fonctionnent encore en sortie basse tension avec un transformateur HTA dédié par zone.

Légende : Régime de neutre TT, jeu de barres 400 V, organes de protection et sections de câbles — la colonne vertébrale du dossier électrique.

L'interface clé : l'onduleur.

C'est lui qui fixe les plages de tension d'entrée en continu acceptables (Vmpp min/max, Voc max), le courant d'entrée par traqueur de puissance (MPPT) et les niveaux de sortie en alternatif.

Le dimensionnement amont et aval part de ses caractéristiques constructeur — mais ces fiches techniques ne dispensent pas de vérifier les conditions réelles de site (température module, ensoleillement, longueurs de câble).

2. Dimensionnement des câbles solaires côté continu : méthode et critères

Le dimensionnement des câbles solaires ne se résume pas à choisir un 4 mm² ou un 6 mm² en catalogue.

Trois critères doivent être vérifiés systématiquement, dans cet ordre.

2.1 — Courant admissible (critère thermique)

Le câble doit supporter le courant de court-circuit de la chaîne (Isc) multiplié par un facteur de sécurité de 1,25 selon la norme NF C 15-712-1 (norme française dédiée aux installations photovoltaïques).

Ce facteur tient compte du fait que plusieurs chaînes peuvent contribuer simultanément dans certaines configurations.

Critère thermique :I_admissible ≥ 1,25 × Isc_chaîne

Sur du 1 500 V avec des modules bifaciaux de 600–700 Wc, l'Isc par chaîne peut atteindre 14–16 A selon les fabricants.

Avec le facteur 1,25, on est à 17,5–20 A.

Un câble de 4 mm² (admissible ~25 A en pose à l'air libre) peut suffire sur de courtes longueurs, mais la chute de tension va souvent imposer du 6 mm² dès que les tirages dépassent 50–60 m.

Le mode de pose change les capacités admissibles. Un câble enterré sous fourreaux ou posé en faisceau serré ne se comporte pas comme un câble isolé sur chemin de câbles.

Ces coefficients de déclassement doivent apparaître dans le dossier technique — on les oublie trop souvent sur les plans à l'étude, et ils réapparaissent au moment du CONSUEL.

2.2 — Tenue au court-circuit (critère thermique de court-circuit)

Le câble doit résister à l'énergie thermique libérée lors d'un court-circuit avant que la protection amont n'ait ouvert le circuit.

C'est le critère de contrainte thermique (I²t) :

Critère court-circuit :S ≥ √(I²cc × t) / k

Avec :

  • k = 143 pour du cuivre isolé PVC
  • k = 115 pour de l'isolant EPR/PRC

En pratique, ce critère est rarement dimensionnant sur les câbles continus pour des longueurs normales, mais il devient pertinent sur les liaisons de forte section entre coffret de regroupement et onduleur.

2.3 — Chute de tension (critère de performance)

C'est souvent le critère qui fixe la section finale.

Nous y consacrons la section suivante.

3. Pertes par effet Joule et chutes de tension

Les pertes par effet Joule et les chutes de tension représentent l'un des principaux postes de pertes évitables dans une centrale bien conçue.

Sur un projet de 10 MWc, un mauvais dimensionnement côté continu peut coûter 0,5 à 1 % de production annuelle — ce sont des chiffres constatés en audit de conception, pas des hypothèses théoriques.

3.1 — Calcul de la chute de tension côté continu

La formule pour un circuit en continu (aller-retour) :ΔU (V) = 2 × ρ × L × I / S

Avec :

  • ρ = résistivité du conducteur (0,0178 Ω·mm²/m pour le cuivre à 20 °C ; à corriger selon la température réelle de fonctionnement, jusqu'à 0,021 Ω·mm²/m à 70 °C)
  • L = longueur du câble (m) — attention : longueur de chaîne, pas distance à vol d'oiseau
  • I = courant dans le câble (A) — prendre Impp pour le calcul des pertes normales
  • S = section du conducteur (mm²)

En pourcentage de Vmpp :ΔU% = (ΔU / Vmpp) × 100

Valeur cible

Maintenir la chute de tension totale côté continu (chaînes + câblage entre coffret de regroupement et onduleur) sous 1 % de Vmpp.

C'est un objectif standard dans les projets soignés.

Certains maîtres d'ouvrage acceptent jusqu'à 1,5 % sur les segments secondaires, mais au-delà de 2 % sur l'ensemble du circuit continu, on dégrade significativement le rendement de l'onduleur.

3.2 — Les erreurs classiques sur les longueurs de tirage

La longueur à intégrer dans le calcul, c'est la longueur réelle du câble posé, pas la distance en plan.

Sur une centrale au sol avec tables fixes ou suiveurs, les câbles suivent les structures métalliques, descendent dans des fourreaux enterrés, remontent vers le coffret de regroupement.

Il n'est pas rare de constater un écart de 20 à 30 % entre la longueur estimée en étude et la longueur réelle mesurée en fin de chantier.

Légende : Descente des câbles continus le long du poteau, tranchée vers la logette de transformation : la longueur réelle posée dépasse toujours la distance en plan.

Solution

  • Travailler avec un plan de masse précis
  • Intégrer des marges de tirage réalistes (au minimum +15 % sur les longueurs théoriques)
  • Exiger du lot génie civil qu'il transmette les plans de pose de fourreaux avant de finaliser les sections

3.3 — Impact de la température sur la résistivité

Un câble solaire en toiture, exposé au soleil l'été dans le Midi, peut atteindre 70–80 °C en surface.

La résistivité du cuivre augmente de ~0,39 %/°C.

À 70 °C, elle est environ 18 % plus élevée qu'à 20 °C — ce qui se répercute directement sur les pertes par effet Joule.

Ce paramètre est à intégrer dans les calculs du dossier technique, notamment pour les projets en zones à fort ensoleillement.

4. Raccordement AC/DC : spécificités de la partie alternative

Le raccordement AC/DC ne se limite pas à la partie continue.

La partie alternative — entre sortie d'onduleur et tableau général basse tension (TGBT) ou transformateur — présente ses propres contraintes.

4.1 — Dimensionnement des câbles en alternatif

Côté alternatif, on applique les règles classiques de la NF C 15-100 (basse tension), avec les mêmes trois critères :

  • Courant admissible
  • Tenue au court-circuit
  • Chute de tension

Deux points spécifiques au photovoltaïque

Le courant de fonctionnement

L'onduleur fonctionne à puissance variable selon l'ensoleillement.

Le dimensionnement thermique se fait sur le courant nominal de l'onduleur (puissance alternative maximale / tension nominale), avec les coefficients de déclassement adaptés au mode de pose et à la température ambiante.

La chute de tension en alternatif

Contrairement au continu où l'on raisonne sur la tension Vmpp, côté alternatif on limite la chute de tension à 1 % entre l'onduleur et le TGBT pour les installations bien dimensionnées.

Au-delà, le point de fonctionnement de l'onduleur se déplace et le rendement chute.

4.2 — Câblage entre onduleurs et transformateur HTA / BT

Pour les centrales de puissance significative (> 500 kWc sur une même zone), la liaison entre les onduleurs et le transformateur élévateur est souvent le segment le plus chargé du réseau interne.

On y retrouve des courants importants sur de longues distances, et c'est là que les économies de section font les plus gros dégâts en pertes énergétiques annuelles.

Un calcul d'optimisation technico-économique (coût du cuivre supplémentaire face au gain de production sur 20 ans) est souvent justifié sur ces segments.

Chez HOGMA, nous le faisons systématiquement sur les tronçons où la longueur dépasse 30 m et où la puissance dépasse 100 kW.

Légende : Calepinage en toiture, position des onduleurs et des coffrets — la longueur des liaisons en alternatif se décide ici.

4.3 — Harmoniques et facteur de puissance

Les onduleurs modernes injectent des harmoniques dans le réseau.

Sur des installations comportant de nombreux onduleurs en parallèle, l'effet cumulé peut dégrader le facteur de puissance et créer des contraintes sur les protections.

Ce point est à vérifier lors du dimensionnement du poste de livraison et de la convention de raccordement avec le gestionnaire de réseau (Enedis ou EDF SEI selon la zone).

5. Sécurité des installations : protections, mise à la terre, risques du continu

La sécurité des installations photovoltaïques a des spécificités que les électriciens formés uniquement sur le tertiaire ou l'industrie en alternatif ne maîtrisent pas forcément.

Le courant continu présente des risques différents du courant alternatif.

5.1 — Les risques spécifiques du courant continu

L'arc électrique en continu

Contrairement au courant alternatif qui passe par zéro 100 fois par seconde (50 Hz), le courant continu ne s'interrompt pas naturellement.

Un arc continu peut se maintenir et progresser sur plusieurs centimètres.

C'est pourquoi les appareillages de coupure en continu sont dimensionnés différemment de ceux en alternatif, et pourquoi les connecteurs MC4 ne doivent être débranchés sous charge qu'avec des outils adaptés.

La non-coupure par les disjoncteurs alternatifs

Une erreur fréquente sur chantier consiste à utiliser des disjoncteurs alternatifs pour protéger des circuits continus.

Un disjoncteur alternatif n'est pas conçu pour couper le courant continu — l'arc peut se maintenir et détruire l'appareil.

5.2 — Protections côté continu

Selon la norme NF C 15-712-1, les protections en continu doivent inclure :

  • Fusibles continus sur chaque chaîne
  • Interrupteur-sectionneur continu en amont de chaque onduleur
  • Parafoudres continus (Type 2 au minimum, Type 1 si la ligne est exposée ou longue)

Sur les centrales 1 500 V, la sélection des fusibles continus est plus contraignante : il faut des fusibles certifiés pour cette tension, avec des courbes de fusion adaptées aux courants de chaîne (souvent des fusibles de type gPV 10 A ou 15 A selon les modules).

5.3 — Mise à la terre et schéma de liaison à la terre

Le schéma de liaison à la terre (SLT) des installations photovoltaïques est un point que les dossiers techniques bâclent régulièrement.

Générateur flottant (non mis à la terre)

Configuration la plus courante sur les onduleurs à isolation galvanique.

Le contrôleur permanent d'isolement (CPI) surveille en continu la résistance d'isolement côté continu.

En dessous d'un seuil (typiquement 1 MΩ pour une petite centrale, à calibrer selon la puissance), l'onduleur déclenche.

Générateur avec mise à la terre d'un pôle

Possible sur certaines architectures.

Cette configuration impose un schéma de liaison à la terre spécifique et des appareillages de protection adaptés.

Les masses des structures métalliques (tables, ombrières) sont à raccorder à la terre.

Le calcul de la prise de terre (résistance cible < 10 Ω pour une installation standard, < 5 Ω si des équipements HTA sont présents) doit figurer dans le dossier.

5.4 — Protection contre les chocs électriques pendant l'exploitation

Un point souvent négligé dans les études : la centrale reste sous tension côté continu même disjoncteur alternatif ouvert.

Les modules exposés au soleil génèrent de la tension.

Le dossier technique doit prévoir :

  • Les procédures de consignation
  • Les points de coupure continus accessibles
  • Les équipements de protection individuelle requis pour l'intervention

(gants isolants de classe adaptée pour les tensions supérieures à 1 000 V en continu)

6. Le dossier technique photovoltaïque

Un dossier technique complet pour la partie électrique comprend au minimum les éléments suivants.

Ce n'est pas une liste exhaustive — c'est le minimum pour un projet raccordé en basse tension avec onduleurs de chaîne et un poste de livraison HTA.

6.1 — Documents de calcul

Note de calcul continu

  • Sections des câbles de chaîne et inter-boîte
  • Calculs de chute de tension
  • Vérification du courant admissible avec coefficients de déclassement
  • Vérification de la contrainte thermique (I²t)

Note de calcul alternatif

  • Sections des câbles onduleur–TGBT et TGBT–transformateur
  • Calcul des chutes de tension
  • Bilan de puissance

Note de protection

  • Coordination des protections continues
  • Fusibles, disjoncteurs et parafoudres
  • Schéma de liaison à la terre
  • Calcul de la prise de terre

6.2 — Schémas et plans

Le dossier doit inclure :

  • Schéma unifilaire général (continu + alternatif + réseau interne HTA si applicable)
  • Plan de câblage continu avec numérotation des chaînes et des coffrets de regroupement
  • Schéma des protections avec références des appareils
  • Plan de mise à la terre

Légende : Implantation générale : ligne Enedis enterrée, poste de livraison, accès et intégration environnementale. C'est la source des longueurs réelles de tirage.

6.3 — Documents normatifs et réglementaires

Le dossier doit démontrer la conformité aux référentiels applicables :

  • Conformité à la NF C 15-712-1 (installations photovoltaïques basse tension)
  • Conformité à la NF C 15-100 pour la partie alternative
  • Arrêté du 23 avril 2008 (installations en injection totale ou partielle)
  • Convention de raccordement Enedis / EDF SEI

Sur les projets HOGMA, nous structurons le dossier technique pour qu'il soit directement exploitable par le CONSUEL et par l'organisme de contrôle technique.

Cela évite les allers-retours en phase de réception — un seul aller-retour sur un projet de 5 MWc peut décaler la mise en service de deux à quatre semaines.

Pour approfondir la partie amont de l'ingénierie, notre note sur la conception des centrales au sol détaille les phases de développement jusqu'au dossier de permis. Et pour la partie raccordement réseau, nous avons traité les spécificités du raccordement HTA en détail.

7. Points clés à retenir

Dimensionnement des câbles continus

Critère thermique :Iadmissible ≥ 1,25 × Isc

avec coefficients de déclassement selon le mode de pose.

Critère chute de tension :ΔU total continu ≤ 1 % de Vmpp

✔ Résistivité du cuivre à corriger selon la température réelle (+18 % à 70 °C par rapport à 20 °C).

✔ Longueurs réelles à mesurer sur plan de masse — prévoir +15 % de marge sur les longueurs théoriques.

Raccordement alternatif

✔ Chute de tension ≤ 1 % entre onduleur et TGBT.

✔ Appliquer la NF C 15-100 côté alternatif et la NF C 15-712-1 côté continu.

✔ Sur les tronçons > 30 m et > 100 kW, une optimisation technico-économique de la section est justifiée.

Sécurité des installations

✔ Ne jamais utiliser un disjoncteur alternatif pour couper un circuit continu.

✔ Utiliser des fusibles continus certifiés pour la tension de service (1 500 V si applicable).

✔ La centrale reste sous tension côté continu même après coupure alternative : prévoir les procédures de consignation.

✔ Documenter le schéma de liaison à la terre :

  • Schéma de principe
  • Calcul de prise de terre
  • Seuils du contrôleur d'isolement

Dossier technique

✔ Note de calcul continu, note de calcul alternatif et note de protection : trois documents distincts, non négociables.

✔ Schéma unifilaire complet continu + alternatif.

✔ Conformité NF C 15-712-1 explicitement référencée.

8. Conclusion

On ne perd pas des projets PV par hasard.

On les perd dans les études.

Un câble sous-dimensionné, c'est une perte de production sur vingt ans.

Une protection mal sélectionnée, c'est un risque pour les techniciens de maintenance.

Un dossier technique incomplet, c'est un retard de raccordement.

Les règles — NF C 15-712-1, NF C 15-100, normes CEI complémentaires — ne sont pas interprétables.

Ce qui change d'un projet à l'autre, c'est la rigueur avec laquelle on les applique et la qualité des données d'entrée :

  • Longueurs réelles
  • Températures de fonctionnement
  • Modes de pose effectifs

Vous travaillez sur un projet et vous avez des questions sur le dimensionnement électrique ou la constitution du dossier technique ?

Faites appel à notre bureau d'études photovoltaïque : nous pouvons intervenir en appui ou reprendre un dossier en cours.

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