Mise à la terre photovoltaïque : les décisions qui se prennent à l'étude

La mise à la terre d'une centrale photovoltaïque n'est pas un détail d'exécution. C'est une série de choix de conception qui se prennent au bureau d'études, plusieurs mois avant que le premier module soit posé, et qui coûtent cher à reprendre une fois la centrale montée.

Sur un dossier de centrale, la mise à la terre arrive souvent en fin de discussion. On la traite comme une évidence : « on relie tout à la terre, et c'est réglé ». Dans les faits, c'est l'un des sujets où l'on voit le plus d'écarts entre ce qui était prévu à l'étude et ce qui est réellement installé.

Et contrairement à un câble sous-dimensionné, un défaut de mise à la terre ne se voit pas. Il ne fait pas chuter la production. Il ne déclenche rien. Il attend.

Trois choses différentes qu'on appelle « la terre »

La première source de confusion sur un dossier, c'est le vocabulaire. Trois notions distinctes se retrouvent mélangées sous le même mot, alors qu'elles ne répondent pas au même besoin.

La mise à la terre des masses. Toutes les parties métalliques qui ne sont pas censées être sous tension (structures porteuses, cadres de modules, enveloppes de coffrets, chemins de câbles) sont reliées à un conducteur de protection, lui-même raccordé à la prise de terre. Objectif : qu'un défaut d'isolement ne transforme pas une structure en pièce sous tension.

La liaison équipotentielle. Elle ne cherche pas à évacuer un courant vers la terre, mais à ce que deux masses voisines soient au même potentiel. C'est ce qui évite qu'une différence de tension apparaisse entre deux éléments qu'une personne peut toucher en même temps.

La prise de terre elle-même. L'ouvrage enterré (piquets, boucle à fond de fouille, conducteur en tranchée) et sa résistance mesurée. Cette résistance dépend directement de la nature du sol, une donnée relevée bien plus tôt, dès l'étude de faisabilité photovoltaïque.

Ces trois éléments se dimensionnent séparément et se vérifient séparément. Un dossier qui les traite comme un seul bloc est un dossier où quelque chose va manquer.

Ce qui se décide à l'étude, pas sur le chantier

Le cheminement du conducteur de terre

C'est la décision la plus structurante, et la plus souvent prise trop tard. Le conducteur de terre suit un chemin physique : il part de la prise de terre, remonte vers les structures, longe les tables, rejoint les coffrets. Ce chemin traverse des tranchées, des passages de câbles, parfois des ouvrages existants.

Si ce cheminement n'est pas arrêté au moment où l'on dessine les tranchées, il sera improvisé au montage. Improvisé, il devient plus long, moins direct, et il faut rouvrir pour le poser. Sur une centrale au sol, rouvrir une tranchée après remblaiement n'est pas une correction mineure.

La continuité entre les structures

Une centrale au sol, ce sont des dizaines de tables métalliques. Chacune doit être électriquement continue avec les autres, et l'ensemble relié à la terre. La question à trancher à l'étude est simple à formuler : la continuité est-elle assurée par la structure elle-même, ou faut-il ajouter un conducteur de liaison ?

La réponse dépend du système de fixation retenu, assemblages boulonnés, pièces galvanisées, présence ou non de traitements de surface isolants aux points de contact. C'est une donnée qui vient du fournisseur de structure, pas du bureau d'études. Elle doit être demandée pendant l'étude. Si elle arrive après la commande, on découvre le besoin de conducteurs supplémentaires quand le budget est déjà arrêté.

Le côté courant continu

Le champ photovoltaïque n'est pas alimenté comme un départ classique : il produit dès qu'il y a du soleil, et il reste sous tension même onduleur arrêté. Le côté continu est généralement exploité sans point relié à la terre, ce qui implique que la détection d'un premier défaut d'isolement repose sur une surveillance permanente, assurée par l'onduleur.

Cela a une conséquence directe sur la conception : la surveillance d'isolement n'est utile que si l'on sait quoi en faire. Un défaut signalé sur un champ de plusieurs milliers de modules, sans découpage en zones identifiables, envoie l'exploitant chercher une aiguille dans une botte de foin. Le découpage se décide à l'étude, quand on définit les chaînes et leur répartition, au même moment où l'on traite le dimensionnement onduleur photovoltaïque.

La protection contre les surtensions

Les parafoudres n'ont d'effet que s'ils sont reliés à la terre par un chemin court et direct. Leur emplacement, la longueur de leur liaison et la position de la prise de terre sont donc un seul et même sujet, à traiter ensemble. Traités séparément (le parafoudre par l'électricien, la terre par le terrassier) on obtient une protection installée, mais dont l'efficacité réelle n'a jamais été vérifiée par personne.

Ce que nous regardons dans un dossier avant de le valider

Sur une étude, la mise à la terre se contrôle sur pièces, pas sur intention. Les questions auxquelles un dossier doit répondre :

  • Le schéma fait-il apparaître le réseau de terre complet, ou seulement le symbole de terre à côté de chaque équipement ?
  • Le cheminement du conducteur de terre est-il tracé sur le plan d'implantation, avec les tranchées ?
  • La continuité des structures est-elle documentée par le fournisseur, ou supposée ?
  • Le découpage du champ permet-il de localiser un défaut d'isolement signalé par l'onduleur ?
  • La liaison des parafoudres à la terre est-elle courte, et son chemin est-il dessiné ?
  • La valeur de résistance visée pour la prise de terre est-elle indiquée, et la nature du sol a-t-elle été prise en compte ?

Aucune de ces questions n'est difficile. Toutes deviennent coûteuses si on les pose après le montage.

Ces vérifications se font sur pièces, et la pièce concernée est presque toujours la même : le schéma unifilaire photovoltaïque, qui doit montrer le réseau de terre et pas seulement le symboliser.

Pourquoi ça se répare mal

Un câble sous-dimensionné se remplace. Une mise à la terre incomplète se rattrape rarement à l'identique de ce qui était prévu : les tranchées sont rebouchées, les structures sont montées, les modules sont posés dessus. Ce qui aurait été une longueur de conducteur posée dans une tranchée déjà ouverte devient une intervention sur une centrale en exploitation, avec consignation, accès et immobilisation.

C'est le même mécanisme que celui décrit dans notre article sur le dimensionnement installation photovoltaïque : ce n'est pas l'erreur qui coûte, c'est le moment où on la découvre.

En résumé

La mise à la terre d'une centrale photovoltaïque se joue à l'étude, dans quatre décisions : le cheminement du conducteur de terre, la continuité des structures, le découpage du champ côté continu, et l'emplacement conjoint des parafoudres et de la prise de terre.

Ces quatre points font partie de l'ensemble plus large des choix de conception que nous détaillons dans notre article sur l'ingénierie photovoltaïque.

HOGMA est un bureau d'études photovoltaïque qui conçoit et vérifie ces dossiers avant qu'ils partent en exécution. Si vous avez un projet en cours et un doute sur ce qui a été prévu, parlons-en.

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